cine-movies:

Breaking Bad.
L’appartement rouge-sang

Deux ans auparavant.

Nos regards se sont croisés dans une nuit noir et froide. J’étais seule perdue dans mon esprit, errant dans les rues, le sang glacé, les mains recroquevillées sur mon estomac, la peur tordant le ventre. Mes yeux cherchaient un regard sur lequel poser ma peur, un regard qui pourrait temps bien que mal effacer toute cette douleur inconnue qui bouillait en moi.

Il me frôla une première fois. Cet homme qui, à l’époque, hantait mes pensées. Comme un ange traversant le noir des ténèbres il s’arrêta, me fixa de ses yeux bruns puis me tendit la main. Ces cheveux, foncés, ondulés, descendant au bas du cou frémissaient sous les brises de vent glacé, alors que ses habits blancs déchirés s’envolaient similaires à des ailes d’ange atrophiées. Cet homme que je considérais comme la pureté incarnée sous ses airs d’enfant innocent.  Le  voir de nouveau sous mes yeux me procura une joie tellement immense que mon cœur se serra, qu’un sourire se dessina sur mes lèvres.

- Viens.

Me prenant la main subitement, il s’enfuit comme pour éviter un éventuel danger. Le temps que nous courions m’avait paru une éternité. Alors que le froid commençait à glacer mon visage, ma main était toujours réchauffée dans la sienne. Cette chaleur s’estompa au moment où il me fit signe de la tête afin de m’annoncer notre arrivée.

Face à moi se dressait un appartement abandonné. Quatre escaliers extérieurs donnaient directement sur les paliers. Les reflets rouges des lampes de la ville sur le tas de ferraille me procura une certaine excitation devant cette nouvelle inquiétude. Il me fit signe puis s’engagea le premier sur les escaliers rouillés qui grinçaient sous ses pieds. Je le suivi sous le claquement des gouttes de pluies qui s’écrasaient sur la rempart cassée. La porte d’entrée s’ouvrait sur se qui semblait être un ancien salon où seul le fauteuil usé et rongé par la vieillesse était encore debout. De grandes baies vitrées situées sur le côté de la porte laissaient passer la lumière extérieur, teintant la pièce d’une couleur rouge vif. Je traversai la porte avec un sentiment d’insécurité. Alors que le parquet en bois fatigué par l’humidité se fendait sous mes pas, je le vis se tenir droit au milieu de la pièce, me suivant du regard, le visage dépourvu d’expression, les yeux vide d’un noir profond. Ma sureté venait de disparaitre, mon inquiétude et ma peur étaient plus présentes qu’auparavant. Un danger et une force négative émanait de lui comme si le Malin était parvenu  à traverser sa carapace. Mon ange venait de décliner.

Un moment de noir et son visage me réapparut très près du miens. Il s’empara de mon bras violemment et me rapprocha un peu plus de lui.

- Tu ne m’as pas aidé.

Avec ces murmures, la douleur terrible d’une lame traversa mon mollet, Mon corps s’effondra sur le sol, le visage sur le parquet imbibé de sang. Je le senti sur moi, me bloquant et me retirant la lame de la plaie pour me l’enfoncer de nouveau, encore plus violemment dans le haut du dos. L’impossibilité de parler, l’impossibilité de bouger, Juste la faculté de souffrir.

Un moment de noir. Il avait disparut. Ma seule intention était de soulager ma douleur. Je rampai en direction de la porte d’entrée restée ouverte. La pluie calmée, mes larmes s’écoulaient. Les deux mains sur la rempart, mon corps réussi à tenir sur ses deux jambes quelques instants. Un cri strident dans mes oreilles : mon corps faiblit à travers le vide. Ma carcasse allongé sur le béton, les yeux mouillés continuant de fixer le ciel ténébreux.

” Tu ne m’as pas aidé non plus. “

[…]

Quelques temps plus tard, j’étais de retour chez moi. Épuisée sous des habits et un visage ensanglanté, je poussai la porte de ma chambre d’étudiante. Je pris un temps pour regarder ce qu’il m’entourait. 

Ma chambre semblait faire à peine 20m², 10m sur 10m. Sur la gauche était positionné un lit avec la fenêtre de mon balcon sur le côté, sur la droite un placard murale, et à côté de la porte d’entrée, un bureau. Rien de plus simple, rien de plus vide également. Mais pourtant, ce soir là le ressenti de quelques chose d’ inhabituelle pesait fortement sur moi. Quelqu’un, ou du moins, quelque chose se trouvait dans ma chambre et me regardait. Quelque chose d’invisible qui émanait effroi et tristesse à la fois, d’une très grande puissance. Je ferma les yeux un instant, essayant d’aiguiser mes autres sens. Avoir un signe concret de sa présence.

Le bruit d’un pas dans le couloir du bâtiment me fit rouvrir les yeux. C’était encore lui. Il n’en avait probablement pas fini avec moi et ne semblait visiblement pas s’arrêter au dernier coup qu’il avait reçu.

Inconsciemment, je pris de l’élan et couru de mes dernières forces jusqu’au balcon, sautant le plus loin possible, me tuant net sous le coup violent du béton sur mon visage. De ses yeux de sang, il me regardait avec dégoût et honneur. 

Un moment de noir. 

De nouveau dans ma chambre d’étudiante, ma vision avait changé. Devant l’encadrement de la porte, j’avançais en flottant, comme sur une barque berçée par de douces vagues au milieu d’une mer. Une douceur plaisante, un sentiment de liberté, de puissance, d’invisibilité, de repos s’emparait de mon âme. Oui, car j’étais décidément plus qu’une âme. Une âme qui ne voulait pas s’avouer vaincu. Avec une explosion de haine à expulser. 

[…]

 
beautiful …
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